À Khar Yalla, le football ne commence pas nécessairement sur une pelouse bien tondue, avec des lignes blanches fraîchement tracées et des vestiaires impeccables. Il se joue aussi sur le sable, sur des espaces improvisés, dans le bruit des quartiers et au rythme des Navétanes. Là où le ballon ne roule pas toujours comme prévu, où les appuis sont parfois incertains et où chaque match engage davantage que le simple plaisir de jouer.
Dans ces terrains non conventionnels, le football s’apprend autrement. Il faut savoir protéger son ballon, résister au contact, anticiper les rebonds et composer avec un environnement qui ne facilite pas toujours le jeu. Le talent s’exprime, mais le caractère se révèle aussi. Au Sénégal, cette école populaire du ballon rond accompagne des générations de joueurs, avant même que certains ne découvrent les centres de formation et les exigences du football professionnel.
C’est dans cet univers dakarois que s’inscrit l’histoire de Cheikhou Kouyaté. Un enfant de Khar Yalla, né à Dakar le 21 décembre 1989, qui a grandi avec l’ambition de devenir footballeur professionnel. Son parcours local est notamment lié à l’ASC Yeggo, où il a été formé entre 1996 et 2006.
Le football en héritage, le leadership dans les gènes
Chez les Kouyaté, le football n’est pas arrivé par hasard. Avant Cheikhou, il y avait déjà son père, défenseur central et capitaine de l’ASC Jubbo. Le jeune garçon grandit ainsi avec un modèle familial qui donne au ballon rond une place particulière dans son environnement. Mais chez lui, la passion ne tarde pas à dépasser le simple héritage.
Dans un témoignage consacré aux débuts du joueur, son oncle Youssouf Kouyaté raconte comment Cheikhou a très tôt suscité l’intérêt de plusieurs acteurs du football local. Selon son récit, Ibnou Ndaw, surnommé « Muller », un ami de la famille qui évoluait aux côtés de son père, le prend sous son aile dès 1992. Par la suite, Assane Ndao, qui habitait dans la même maison que le jeune garçon, crée une école de football et souhaite lui aussi l’intégrer à son équipe.
Deux hommes se disputent donc la possibilité d’encadrer le jeune talent. Pour résoudre cette situation, Youssouf Kouyaté intervient auprès de Muller afin qu’il laisse Cheikhou rejoindre Assane Ndao, qu’il considère comme un frère. Une anecdote qui raconte à la fois l’importance des relations de proximité dans le football de quartier et la manière dont un jeune joueur peut être repéré, accompagné et orienté bien avant de rejoindre une structure plus connue.
Dans cet environnement, Cheikhou ne se distingue pas uniquement par son envie de jouer. Il affiche déjà un trait qui accompagnera sa carrière : le goût des responsabilités. Son oncle le décrit comme un meneur dès le plus jeune âge, un garçon qui voulait toujours porter le brassard. Avec le recul, cette inclination précoce à diriger résonne avec les responsabilités qu’il assumera plus tard chez les Lions du Sénégal, jusqu’à en devenir le capitaine.